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Océane et les Jargonautes

07/06
Océane et les Jargonautes

Imaginez. Jeune diplômée d’une Licence en Sciences du Langage débarquant avec le statut de stagiaire en conception-rédaction dans une agence de conseil en stratégie marketing et communication pour les PME.

Spécialiste du langage, j’ai appris que tout métier a sa langue bien à lui ; passée la théorie, la réalité est bien plus frappante : je suis entrée dans un monde langagier qui m’était encore jusqu’ici inconnu.

Lost in Translation

« Petit brief à 10h en salle de réu, puis petit brainstorming CR-DA sur la new strat’ parce que là on est charrette, trop de projet sur le pas »

Je vous l’accorde, certains mots se comprennent de façon intuitive ; pour d’autres c’est une réelle barrière à la compréhension. Au départ, un peu timide, google devient votre meilleur ami. Puis les jours avancent et vous osez enfin demander : « Dis ? C’est quoi le zoning ? ». Aucune moquerie en retour, il paraît juste difficile pour un communicant de trouver un équivalent simple et français à ces termes qu’ils utilisent au quotidien.

Ce code linguistique propre à un groupe professionnel singulier résulte de la modification d’une langue ou de l’interférence de plusieurs langues. Dans les agences de communication en général, le jargon se résume souvent à l’anglicisme, des termes qualifiés de « corporate ». Les communicants justifient souvent leur utilisation par le gain d’efficacité entre les personnes exerçant le même métier au quotidien, et donc aptes à se comprendre instinctivement.

Pour moi, le jargon et les justifications professionnelles qui y sont associés ont leurs limites. Certes, ceci rendent la communication plus facile entre initiés, mais l’emploi de termes trop spécifiques à un seul domaine devant des néophytes peut parfois être délicat selon l’enjeu : certains pourraient interpréter cette façon de s’exprimer comme une forme de prétention et une mise à distance volontaire du destinataire, qui pourrait alors se vexer, croyant passer à leurs yeux pour un ignorant.

Comment le leur reprocher ? La plupart des jargonautes n’ont souvent plus conscience de leur manière de parler. Ce parler, ils l’ont acquis et intégré dès leur formation.

Un conf’calleur sachant conf’ caller…

Le jargon aujourd’hui est devenu source de débats. Certains parlent de phénomène de mode, d’autres d’un outil incontournable, mais dans l’imaginaire collectif le jargon de la communication se révèle être source de clichés qui alimentent assurément la réflexion des stagiaires pour leur rapport de stage, mais éminemment celle de nos publicitaires : les créatifs ne deviendraient-il pas leur propre muse ?

Les Globules me l’ont avoué : il existe bien un langage interne à l’agence. Néanmoins, et je l’ai constaté, les chefs de pub et les créatifs ont conscience de cela : c’est pour cette raison qu’ils ont régulièrement recours à un langage plus accessible et pédagogique pour accompagner tout type de clients dans sa démarche et l’embarquer progressivement vers les terminologies des métiers du marketing et de la communication.

Je suis intimement persuadée qu’à la fin de mon stage, je parlerai leur jargon, je brainstormerai, je conceptualiserai et je benchmarkerai aussi bien qu’eux. Parce que le principe même du stagiaire reste l’adaptation. Mais plus que cela, les globules m’ont appris à faire la différence entre débattre entre collègues et argumenter auprès d’un client.

Océane B.

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